La jeune femme continuait de fixer un point invisible dans la nuit dense qui l'entourait. Il pleuvait. Il pleuvait aussi fort que son c½ur avait mal. Une musique étouffée parvenait jusqu'à elle, tambourinant contre les murs, à l'intérieur. Les mains crispées sur la balconnière, elle restait droite, étrangement impassible sous la pluie qui continuait de tomber et qui ne semblait jamais vouloir s'arrêter. Sa robe se faisait de plus en plus lourde sur son corps, à mesure que l'eau la trempait. De longues minutes passaient en silence, à peine dérangées par les minuscules gouttelettes transparentes qui s'écrasaient sur chaque millimètre alentours.
- Vas-t-en, je ne veux voir personne et surtout pas toi. Lança-t-elle d'une voix si faible que cela ressemblait à un coup de vent.
Hermione l'avait entendu entrer, bien qu'il eût été incroyablement silencieux. Il ne répondit pas, mais avança encore de quelques pas et se retrouver lui aussi sur le balcon, deux mètres derrière elle. Elle soupire d'agacement, il avait toujours été têtu, aussi il ne s'en irait pas, puisqu'il été sans doute venu pour une raison bien particulière. Mais elle ne cessait de se demander comment est-ce qu'il arrivait à la mettre hors d'elle rien que par le fait de sa simple présence dans la même pièce qu'elle?
- Tout le monde te cherche, ton frère en particulier. Tu es ici depuis une heure. Lui dit-il d'une voix neutre.
- Si je suis ici, c'est bien parce que tout le monde me cherche.
Il s'approcha encore et se plaça à côté d'elle. Elle tourna le visage vers lui, ses cheveux blonds retombaient sur ses yeux. Il la coupa dans sa contemplation de sa personne en parlant d'une voix plus cassante, plus froide.
- Tu as dix minutes pour te changer, tâche d'être prête. Je reviendrais te chercher.
Il lui tourna le dos, et quelques secondes plus tard, elle entendit la porte s'ouvrir, et se refermer. Sa robe était trempée, et elle-même frissonnait sous le vent, elle plongea son regard dans l'obscurité une dernière fois et rentra dans la chambre. Elle se défit de sa robe blanche et fila se changer, maudissant une fois de plus le grand Drago Malefoy.
~ ~
Plus elle descendait les marches de l'imposant escalier en marbre, plus les regards se tournaient vers elle. Elle ne répondait à aucun sourire, les yeux vides de la moindre expression.
- Tu étais passée où Hermione? Questionna son frère en lui tendant un bras qu'elle saisit.
- Aucune importance, pourquoi m'as-tu fait revenir ici? Tu sais aussi bien que moi qu'ils ne m'aiment pas, que ce n'est pas ma place ici, que tout ça, ce n'est pas pour moi...
Il ne répondit pas, mais l'entraîna vers un groupe de personnes situé dans un coin de la pièce. Elle se sentait de plus en plus oppressée, et haïssait toujours ces soirées auxquelles elle était malheureusement conviée. La salle était immense, éclairée et chaleureuse, mais elle se sentait toujours autant froide et vide. Les robes des dizaines de danseuses glissaient sur le sol dans un bruit d'étoffe froissée, au son de la musique qui résonnait.
- Tu n'as pas attendu que je revienne te chercher.
Elle sursauta et lâcha le bras de Blaise. Elle foudroya le nouvel arrivant du regard. Il s'était recoiffé et sa bouche dessinait horrible sourire malsain habituel. Elle réprima son envie de partir en courant, mais s'éloigna tout de même du petit groupe dans un faux sourire. Elle remonta les marches du grand escalier, et s'avança dans l'un des nombreux corridors. Une main se glissa dans la sienne soudainement, lui arrachant un petit cri de frayeur. Elle essaya de se défaire de l'étreinte de Drago, en vain. Leurs visages étaient séparés d'une vingtaine de centimètres seulement. Chacun pouvait sentir la respiration de l'autre sur son visage.
- Pourquoi?
- Comment ça « pourquoi? » ? Questionna le blond en levant un sourcil.
- Pourquoi est-ce que tu t'acharnes sur moi, même maintenant que tu sais que je ne suis pas celle que tout le monde croyait que j'étais, moi y compris, maintenant que je suis... moi... Alors pourquoi?
Il ne répondit pas tout de suite, mais détailla le visage de la jeune femme face à lui. Il n'y voyait aucune expression, si ce n'est de la fatigue. Sa voix en revanche était déformée par ce qui ressemblait à de la douleur, sur un ton presque implorant. Elle fixait ses yeux en quête d'une quelconque réponse, quelle qu'elle soit. Il relâcha légèrement la pression qu'il faisait sur le poignet d'Hermione. Puis répondit d'une voix calme, presque gênée.
- Je ne suis pas aussi horrible qu'il n'y paraît. C'est toi qui gardes cette image de moi, tout a changé maintenant: ta vie a changé, tes amis, ta famille. Je ne savais pas encore tout cela. Tu vis trop dans le passé Granger...
- Zabinni, je m'appelle Zabinni, Malefoy.
- Pardon.
Un silence encore plus pesant et dense que le précédent s'imposa, il sembla figé la scène au beau milieu de ce couloir à demi-obscure.
- Peut-être as-tu raison... Je ne veux pas y retourner, je ne veux pas être comme tous ces gens, comme mon frère, comme toi... Je suis désolée, ajouta-t-elle précipitamment en voyant les yeux océans de Drago s'écarquillés tels des balles de ping-pong.
Elle leva sa main libre vers le visage de Drago et la posa sur le bas de sa joue et la caressa lentement du bout de son pouce. La jeune femme se surprit alors d'elle-même, pour la première fois depuis qu'elle le connaissait elle avait eut une réaction amicale envers lui. Il ne cessait de détaillé chaque parcelle de son visage à la recherche d'un indice sur la raison de cet acte des plus étranges, et improbables. Mais il n'y en avait pas. C'était tout bonnement injustifié. Irrationnel. Magique.
Plus les secondes passaient plus elle se rendait compte que sa propre vie lui était étrangère: elle ne se reconnaissait plus. Aurait-elle jamais imaginé caresser avec une douceur indéfinissable la joue de Drago Malefoy deux moins auparavant? Il était certain que non. Pourtant elle était bien-là, dans ce couloir en compagnie de son meilleur ennemi dans une situation des plus incroyables.
Et dans ce même couloir, le temps semblait s'être arrêté à tout jamais. Il aurait été merveilleux de pouvoir raconter que même le bruit tapageur de la musique ne venait plus brisé ce tableau si parfait, mais alors il n'y aurait plus d'histoire.
- Hermione!
La voix qui s'éleva derrière eux les fit sursauter, brisant à jamais cette fraction du temps illogique. Drago et elle se séparèrent, un soupçon de regret dans les yeux.
- Hermione, qu'est-ce que tu fais là?
- Je ne retournerais pas là-bas, Blaise... S'il te plaît, continua la jeune brune lorsque son frère ouvrit la bouche pour parler.
- Je suis son cavalier, tu n'as qu'à leur dire qu'on est allé chez vous, elle et moi...
Blaise regarda son meilleur ami, malgré tout suspicieux. Elle-même s'étonna de la réaction du jeune homme. Il prenait grand soin à ne pas la regarder, elle baissa les yeux vers son frère.
- Mais c'est chez toi ici, tu ne vas quand même pas partir!
- Personne ne saura qu'on sera encore ici...
Il parût qu'une éternité s'était écoulée entre la réponse de Drago, et celle du jeune homme brun. Une éternité durant laquelle seuls la musique et les rires s'écrasaient contre les murs sombres et se répercutaient dans toute la demeure. Elle se demandait s'il ne valait pas mieux retourner dans l'immense salle, sourire, faire semblant, et être celle qu'elle n'avait jamais été, celle qu'elle ne pourrait jamais être, ou qu'elle ne voudrait jamais être. Mais à les regarder tous, elle s'était rendue compte que eux jouaient à merveille leur rôle d'enfant gâté: riche, célèbre et de sang-pur à l'extrême. Alors qu'elle, elle n'avait jamais été élevé comme cela, et peut-être valait-il mieux qu'elle rentre dans le moule tout de suite plutôt que de faire des caprices qui lui coûteraient cher par la suite.
- Comme vous voudrez, vous serez où?
- Dans ma chambre, ce serait préférable.
Il hocha la tête et s'avança vers sa s½ur. Elle releva enfin la tête vers lui, il avait un minuscule sourire aux lèvres, le sourire qu'elle seule pouvait distinguer. Il déposa un baiser sur son front et sourit à Drago, puis repartit par là où il était arrivé. A nouveau les minutes passèrent en silence. Il prit sa main, et l'entraîna sans un mot à travers le dédale de couloirs. Ils arrivèrent au niveau d'une porte grise au fond d'une des nombreuses galeries. L'intérieur était spacieux, les meubles et le mobilier blanc, gris et noir. Une immense baie vitrée donnait vue sur la forêt derrière le manoir, un balcon surplombant le tout.
- Tu devrais dormir. Je vais dormir à côté...
- Non restes. Dit-elle en lui saisissant la main vivement.
- Il n'y a qu'un lit.
- Oui, c'est bien ce que je dis, restes.
Elle s'allongea sur le lit et le tira lui-même dessus, il se laissa faire et s'allongea à côté d'elle. Ils restèrent un long instant ainsi face au plafond, main dans la main, ni l'un ni l'autre ne voulant la lâcher, écoutant silencieusement la pluie s'écraser contre la baie vitrée, seule source de lumière de la pièce. Risquant de rompre un moment de sérénité trop parfait, ils ne bougeaient même plus. Elle se demanda alors comment tout cela avait-il bien put arriver en une seule soirée, cette soirée plus précisément, tandis que depuis deux mois, des dizaines de soirées semblables avaient été organisées. Deux mois, elle venait tout juste de se souvenir que cela faisait deux mois à peine que sa vie avait prit une tournure tout à fait différente, et ce du jour au lendemain. Et là, ce fut comme un éclair déchirant les ténèbres de la nuit, comme un vase qui se brise, comme un rire qui s'éteint, quelque chose de fort, de lointain, d'inconnu, un simple mot. Simple, mais qui voulait tout dire.
- Pardon.
- Et merci. Lui répondit-elle le plus naturellement du monde.
Elle ferma les yeux, puis se sentant imité, et pour la première fois depuis longtemps, se sentant aussi imperturbable que jamais, elle s'autorisa un infime moment de bonheur dans la pénombre de la chambre. Elle serra un peu plus fort la main de Drago, et Hermione s'endormit automatiquement, sans même s'en rendre compte.